Beuzeval, petit commune agricole
Durant des siècles, la commune qui s'appelait alors Beuzeval, demeura faiblement peuplée (301 habitants en 1836). La population, principalement agricole était dispersée, avec un petit groupe de maisons près de la vieille église du Xlle siècle (là où se trouve le cimetière actuel), et, sur la rive gauche du Drochon, près de son embouchure et non loin du port de Dives, un autre regroupement d'habitations, plus important, le hameau de la Mer qui comprenait quelques maisons d'herbagers et de pêcheurs.
Les deux buttes argileuses qui délimitent le site demeurèrent longtemps arides et ce n'est que plus tardivement que des arbres y turent plantés (l'appellation Caumont est d'ailleurs dérivée de Chauve Mont).
La mer fut longtemps considérée comme une source de périls et la population s'est plutôt installée à l'intérieur des terres. En témoigne l'emplacement de la première église de Beuzeval perchée à trois kilomètres de la côte, au sommet de la butte d'Houlgate.
La vogue des Bains de mer
Entre 1845 et 1850, la vogue des bains de mer atteint Beuzeval. Quelques touristes caennais, puis parisiens, viennent passer des séjours de vacances au hameau de la Mer, seul endroit susceptible de les héberger. Ils y logent, au début, chez l'habitant.
En quelques années, les charmes du site attirant des visiteurs de plus en plus nombreux, des structures d'hébergement se mettent en place.
Une pension de famille construite en bois sur pilotis est bientôt remplacée parla pension de famille lmbert. Est créé ensuite l'hôtel de la mer et des Quatre Tourelles.
Le grand hôtel lmbert sera édifié en 1877 et doté en 1907 de sa rotonde. Le rivage s'aménage. On y loue des cabines, des parasols et divers accessoires.
La première plage de la commune de Beuzeval est née. On l'appelle Beuzeval- les-Bains. Elle attire un nombre croissant de touristes protestants.
Deux stations balnéaires, une commune
Tout a donc commencé sur la rive gauche du Drochon. Curieusement, la rive droite ,qui fait également partie de la commune de Beuzeval, et qui dispose de vastes espaces côtiers à peine peuplés, ne va se lancer dans l'aventure balnéaire qu'une douzaine d'années plus tard, mais avec des modalités fort différentes. C'est en 1858 qu'est créée une Société de construction immobilière (S.C.l.) qui va aménager le site avec méthode, dynamisme et en se fixant des objectifs tort ambitieux. Ses actionnaires sont un financier, Aubin Albin Vergniolle; un parlementaire, Amédée Renée et un avocat de Lisieux, Victor Delisle, dont le beau-frère, Henry Jouvet, dépourvu de diplômes mais excellent dessinateur, jouera un rôle déterminant dans la création de la future cité d'Houlgate. En dépit de diverses vicissitudes financières, la S.C.l. va acheter des terrains, découper des lots, aménager les voies et les grands axes de l'agglomération naissante.
Le bord de mer va se garnir en quelques années de villas importantes (quatre niveaux en général) édifiées sur une digue de pierre dont l'emplacement a été fort judicieusement localisé en fonction des mouvements de la mer. Ces villas (on les appelait souvent chalets) sont de styles très variés. Souvent luxueuses, et elles ont montré après plus d'un siècle d'existence leur résistance aux intempéries et même aux dégradations liées à la Seconde Guerre mondiale, puisque la plupart d'entre elles sont encore en place, celles qui ont disparu ayant été victimes de faits de guerre ou d'opérations immobilières.
La ligne de partage du Drochon
En 1859, sort de terre le Grand-Hôtel de la Plage qui offre 120 chambres toutes différentes, luxueuses et servies par un personnel nombreux et choisi. D'autres hôtels apparaissent. En 1860 est édifiée la chapelle Notre-Dame d'Houlgate (actuelle villa La Chapelle), qui remplace la vieille église de Beuzeval (Xlle), trop éloignée et pas assez vaste. Les constructions de "chalets" se multiplient. Un premier casino, de construction légère, est édifié en bord de mer, face au Grand-Hôtel. Une seconde station est née, qui grandit avec une surprenante rapidité.
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On la nomme Houlgate, du nom de la butte argileuse à laquelle elle est adossée. On va construire une mairie, des écoles, un bureau de poste, tout cela sur la rive droite du Drochon qui dispose des espaces nécessaires. La commune de Beuzeval comporte désormais deux stations balnéaires voisines et concurrentes. En effet, Beuzeval -les-Bains poursuit son développement sur la rive gauche du Drochon. animée principalement par une colonie protestante bien implantée et dynamique qui fait construire en 1863 un établissement hôtelier pour les familles protestantes (Maison Evangélique) et un temple, tout cela grâce au zèle du pasteur Hippolyte Toupet et à la munificence du baron Sébastien de Neufville. Là, on recherche moins le luxe et la mondanité que l'accueil du plus grand nombre possible de coreligionnaires. Côté rive droite, Houlgate affiche des objectifs plus ambitieux, vise essentiellement la clientèle la plus fortunée et rattrape le retard pris à l'origine. Notons d'ailleurs que la bipartition confessionnelle de la commune de Beuzeval par le Drochon comporte des exceptions le temple protestant est situé en limite de la rive droite et les villas américaines et la villa Harjès , fiefs du banquier protestant américain John Harjès sont résolument situés sur la rive droite.
L'arrivée du chemin de fer va doper la croissance de l'ensemble, mais de façon inégale. La gare sera située sur le territoire d'Houlgate, tandis que le tracé de la ligne de chemin de fer couplée avec une route côtière, va amputer d'une partie de sa substance la plage de Beuzeval - les-Bains déjà freinée dans son développement par un manque d'espace entre le Drochon, la butte de Caumont et la mer. Ce tracé ferroviaire a, en effet, été préféré à une autre solution qui aurait fait passer la voie par un tunnel sous la butte de Caumont.
Une seule station appelée Houlgate
En 1898, la station d'Houlgate a rattrapé et dépassé en importance celle de Beuzeval -les-Bains et l'inévitable se produit.
On débaptise la commune de Beuzeval qui sera désormais nommée Beuzeval-Houlgate et, finalement, en 1905, seule sera retenue l'appellation Houlgate.
L’âge d’or de Houlgate
Ralentie durant quelques années par la guerre de 1870, la croissance d'Houlgate va déboucher dans les années 80 et jusqu'à la guerre de 14-18, sur une frénésie de constructions souvent luxueuses, d'hôtels, sur la création de commerces et d'entreprises sur la mise en place d'infrastructures communales appropriées aux nouveaux besoins.
Le Grand-Hôtel sera agrandi en 1895 et recevra la rotonde si caractéristique, édifiée par deux entreprises locales, la mairie qui abritera le bureau de poste de 1875 jusqu'à la construction vingt ans plus tard, d'un bureau autonome. Alors qu'il n'existait depuis 1862 qu'une école privée pour les filles (Ecole de Monsieur de Saint Philibert), vont être ouvertes les écoles publiques des garçons (1873) puis des filles (1881). Les Cent Marches seront hardiment implantées dans le sol mouvant des falaises, la digue promenade sera achevée en 1911.
On verra alors passer et séjourner à Houlgate de nombreuses personnalités et des têtes couronnées. Les concepteurs d'Houlgate ont gagné leur pari ils ont créé une plage capable d'attirer et de recevoir la clientèle la plus fortunée.
Remarquons que, si la bipartition Houlgate-Beuzeval a disparu officiellement à cette époque, les personnalités protestantes ont plutôt tendance à descendre à l'hôtel lmbert (telle la reine Ranavalo de Madagascar), alors que les célébrités catholiques séjournent au Grand-Hôtel (ainsi la reine Isabelle Il d'Espagne).
Textes de Marcel Miocque, Biologiste des Hôpitaux honoraire.
Professeur honoraire à l’université Paris XI
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